Sanctorum meritis inclita gaudia

Anonyme,

Traduction de Pierre Corneille,



Sanctorum meritis inclita gaudia
Pangamus, socii, gestaque fortia ;
Nam gliscit animus promere cantibus
Victorum genus optimum.

Chantons des saints martyrs les mérites sur terre,
La valeur aux combats, les triomphes aux cieux :
C'est de tous les vainqueurs qu'ennoblisse la guerre
Le genre le plus glorieux.

Hi sunt quos retinens mundus inhorruit ;
Ipsum nam sterili flore peraridum
Sprevere penitus, teque secuti sunt,
Rex Christe bone, cœlitus.

Le monde avec horreur a regardé leur vie,
Comme ils ont regardé le monde avec mépris ;
Et ta route, ô grand Dieu, jusqu'à ton ciel suivie,
De ton royaume a fait leur prix.

Hi pro te furias, atque ferocia
Calcarunt hominum sævaque verbera ;
Cessit his lacerans fortiter ungula,
Nec carpsit penetralia.

Leur courage a bravé les gênes préparées ;
Leur force a mis à bout la rage des tyrans ;
L'ongle de fer leur cède, et leurs chairs déchirées
Raniment le cœur des mourants.

Cæduntur gladiis more bidentium,
Non murmur resonat, non querimonia ;
Sed corde tacito mens bene conscia
Conservat patientiam.

Comme innocents agneaux, ils souffrent tout sans plainte :
On les brise, on les hache, ils n'en murmurent point ;
Leur cœur s'en applaudit, et porte à chaque atteinte
La patience au dernier point.

Quæ vox, quæ poterit lingua retexere
Quæ tu martyribus munera præparas ?
Rubri nam fluido sanguine, laureis
Ditantur bene fulgidis.

Quelle plume, Seigneur, quelle voix peut décrire
Ce que ta main apprête à ces dignes guerriers ?
La pourpre de leur sang leur assure un empire,
Et leur mort, d'immortels lauriers.

Te, summa Deitas unaque, poscimus,
Ut culpas abluas, noxia subtrahas,
Des pacem famulis, nos quoque gloriam
Per cuncta tibi sæcula.

Unique déité, daigne effacer nos crimes,
Laver leur moindre tache, et nous donner ta paix,
Afin qu'associés à ces pures victimes
Nous t'en rendions gloire à jamais.