Te Deum

Ambroise de Milan, Augustin d'Hippone, Nicétas de Rémésiana,

Traduction de Louis-Isaac Lemaistre de Sacy,



Te Deum laudamus,

Te Dominum confitemur,

Te æternum Patrem omnis terra veneratur.

Notre voix te bénit, notre cœur te révère,
Grand Dieu, souverain maître, inconcevable Père.
Tes enfants, répandus en cent climats divers,
T'adorent comme roi de ce grand univers.

Tibi omnes angeli, tibi cœli, et universæ Potestates,
Tibi Cherubim et Seraphim incessabili voce proclamant :

« Sanctus, Sanctus, Sanctus Dominus, Deus Sabaoth ! »

Ces célestes esprits qui vivent de toi-même
Relèvent à l'envi ta puissance suprême.
Des Trônes, des Vertus, les chœurs étincelants,
Les sages Chérubins, les Séraphins brûlants
Chantent dans leurs concerts de leurs voix enflammées :
Saint, saint, saint est le Dieu, le Seigneur des armées.

Pleni sunt cœli et terra mujestatis gloriæ tuæ.

Te gloriosus apostolorum chorus,
Te prophetarum laudabilis numerus,
Te martyrum candidatus laudat exercitus.

Ta grandeur invisible et visible en tous lieux
Remplit le vaste enclos de la terre et des cieux.
Ces douze qui ton Verbe au monde ont fait connaître,
Ces prophètes dont l’œil vit ce qui devait être,
Et de tes saints martyrs l'escadron généreux
Rendent gloire à ton nom qui les rend bienheureux.

Te per orbem terrarum sancta confitetur Ecclesia,
Patrem immensæ majestatis,

Venerandum tuum verum et unicum Filium,
Sanctum quoque Paraclitum Spiritum.

Du midi jusqu'au nord, de l'Inde jusqu'au Tage,
L'Église une en tous lieux rend un céleste hommage
À toi, Père éternel, source de majesté,
À ton unique Fils, rayon de ta clarté,
À ton divin Esprit, qui par ses saintes flammes
Guérit seul tous nos maux et console nos âmes.

Tu rex gloriæ, Christe,
Tu Patris sempiternus es Filius,

Ô Jésus, roi de gloire, égal au Dieu Très-Haut,
Miroir de sa splendeur, sans tache et sans défaut,

Tu ad liberandum suscepturus hominem, non horruisti virginis uterum ;

Tu n'as pas dédaigné pour sauver tout le monde
D'entrer dans l'humble sein d'une Vierge féconde.

Tu, devicto mortis aculeo, aperuisti credentibus regna cœlorum.

Vainqueur même en la croix par un divin effort,
Mourant, tu fis mourir l'aiguillon de la mort
Et sortant du tombeau, tu rouvris aux fidèles
Du céleste palais les portes éternelles.

Tu ad dexteram Dei sedes in gloria Patris.
Judex crederis esse venturus.

Tu règnes dans l'Olympe, assis au plus haut lieu
Dans la gloire du Père, à la droite de Dieu.
Et nous croyons qu'un jour, armé de ton tonnerre,
Tu viendras dans les airs juger toute la terre.

Te ergo quæsumus, famulis tuis subveni, quos pretioso sanguine redemisti ;
Æterna fac cum sanctis tuis gloria munerari.

Combats donc pour les tiens, et, protégés des cieux,
Tes captifs rachetés de ton sang précieux.
Mets-nous entre ces saints que ton Père te donne
Pour porter avec toi ta royale couronne.

Salvum fac populum tuum, Domine, et benedic hæreditati tuæ ;

Seigneur, sauve ton peuple, assiste tes enfants,
Fais vaincre tes soldats, et les rend triomphants.

Et rege eos, et extolle illos usque in æternum.

Per singulos dies benedicimus te;

Et laudamus nomen tuum in sæculum, et in sæculum sæculi.

Avant que le grand astre ouvre au ciel sa carrière,
Nos voix pour te bénir préviennent sa lumière.

Dignare, Domine, die isto, sine peccato nos custodire.

Miserere nostri, Domine, miserere nostri.

Guide aujourd'hui nos pas, aide-nous à marcher,
Pardonne nos péchés, garde-nous de pécher.

Fiat misericordia tua, Domine, super nos, quemadmodum speravimus in te.

In te, Domine, speravi : non confundar in æternum.

L'homme pour te servir n'ayant rien de soi-même,
Toute notre espérance est ta bonté suprême.
C'est notre unique appui, notre bien, notre paix.
Qui n'espère qu'en toi ne périra jamais.