Somno refectis artubus

Ambroise de Milan,

Traduction de Pierre Corneille,



Somno refectis artubus.
Spreto cubili surgimus :
Nobis, Pater, canentibus
Adesse te deposcimus.

Seigneur, par le sommeil nos forces réparées
Du lit dédaignent les douceurs :
Entends, des voûtes azurées,
Et le concert des voix, et le zèle des cœurs.

Te lingua primum concinat,
Te mentis ardor ambiat,
Ut actuum sequentium
Tu, sancte, sis exordium.

Que ton nom le premier sorte de notre bouche,
Que notre ardeur n'aille qu'à toi,
Qu'aucun autre objet ne la touche
Sois son premier souci, sois son dernier emploi.

Cedant tenebræ lumini,
Et nox diurno sideri,
Ut culpa quam nox intulit
Lucis labascat munere.

Qu'aux naissantes clartés l'ombre s'évanouisse ;
Que la nuit se cache à son tour ;
Que les désordres qu'elle glisse
Se dissipent comme elle aux approches du jour.

Precamur idem supplices,
Noxas ut omnes amputes,
Et ore te canentium
Lauderis in perpetuum.

Épure nos esprits, efface tous nos crimes ;
Que dégagés de tous forfaits
Nous chantions tes bontés sublimes,
Ici durant la vie, au ciel à tout jamais.

Præsta, Pater piissime,
Patrique compar unice,
Cum Spiritu Paraclito
Regnans per omne sæculum.

Daignez, Père éternel, nous faire cette grâce ;
Et vous, Homme-Dieu Jésus-Christ,
Qui régnez dans l'immense espace
Où comme vous et lui règne le Saint-Esprit.