Tristes erant apostoli

Ambroise de Milan,

Traduction de Pierre Corneille,



Tristes erant apostoli
De nece sui Domini,
Quem morte crudelissima
Servi damnarant impii.

Les apôtres en pleurs, et comblés de tristesse,
Regrettoient ce maître adoré,
Que l'impie attentat d'une race traîtresse
Par un cruel trépas avoit défiguré.

Sermone blando angelus
Prædixit mulieribus :
« In Galilæa Dominus
Videndus est quantocius. »

Un ange en consola de vertueuses dames :
« Quittez, leur dit-il, ce tombeau ;
Allez en Galilée, et ce roi de vos âmes
Y frappera vos yeux par un éclat nouveau. »

Illæ dum pergunt concitæ :
Apostolis hoc dicere,
Videntes eum vivere,
Christi tenent vestigia :

Aux apôtres soudain elles courent le dire
Avec un saint empressement,
Et rencontrent ce Dieu pour qui leur cœur soupire,
Comme il l'avoit promis, sorti du monument.

Quo agnito, discipuli
In Galilæam propere
Pergunt videre faciem
Desideratam Domini.

Ses disciples à peine en ont la connoissance,
Qu'ils vont en hâte au même lieu,
Voir ce dernier effet de la toute-puissance,
Qui ranime le corps de l'unique Homme-Dieu.

Quæsumus, auctor omnium,
In hoc paschali gaudio,
Ab omni mortis impetu
Tuum defende populurn.

Sauveur de tout le monde, en cette pleine joie
Dont la Pâque remplit nos cœurs,
Daigne si bien guider ton peuple dans ta voie,
Que d'une mort funeste il échappe aux rigueurs.

Gloria tibi, Domine,
Qui surrexisti a mortuis,
Cum Patre et sancto Spiritu,
In sempiterna sæcula !

Gloire à toi, Rédempteur, et monarque suprême,
Par toi-même ressuscité !
Même gloire à ton Père, au Saint-Esprit la même,
Et durant tous les temps et dans l'éternité !