Verbum supernum prodiens (Saint-Sacrement)

Thomas d'Aquin,

Traduction de Pierre Corneille,



Verbum supernum prodiens,
Nec Patris linquens dexteram,
Ad opus suum exiens,
Venit ad vitæ vesperam.

Le Verbe du Très-Haut, sorti du sein du Père
Sans le quitter un seul moment,
Achève son ouvrage, et touche à l'heure amère
Qui le doit mettre au monument.

In mortem a discipulo
Suis tradendus æmulis,
Prius in vitæ ferculo
Se tradidit discipulis :

Prêt à se voir livrer à la mortelle envie
De ses plus cruels ennemis,
Lui-même auparavant il se fait pain de vie,
Pour se livrer à ses amis.

Quibus sub bina specie
Carnem dedit et sanguinem,
Ut duplicis substantiæ
Totum cibaret hominem.

De son sang, de sa chair il enferme l'essence
Sous ce qui paroît vin et pain,
Afin que l'homme entier d'une double substance
Apaise sa soif et sa faim.

Se nascens dedit socium,
Convescens in edulium,
Se moriens in pretium,
Se regnans dat in præmium.

Il se fait notre frère alors qu'il prend naissance,
Notre viande dans son festin,
Notre prix quand il meurt, et notre récompense
Quand il règne là-haut sans fin.

O salutaris hostia,
Quæ cœli pandis ostium,
Bella premunt hostilia :
Da robur, fer auxilium.

Ô salutaire hostie, adorable victime,
Qui nous ouvres le ciel à tous,
D'un puissant ennemi l'insulte nous opprime :
Sois notre force, et défends-nous.

Uni trinoque Domino
Sit sempiterna gloria,
Qui vitam sine termino
Nobis donet in patria.

Gloire soit à jamais à l'être inconcevable
De la sainte unité des trois,
Dont la bonté nous donne un règne interminable
En la patrie où tous sont rois !