Verbum supernum prodiens (Saint-Sacrement)

Thomas d'Aquin,

Traduction de Louis-Isaac Lemaistre de Sacy,



Verbum supernum prodiens,
Nec Patris linquens dexteram,
Ad opus suum exiens,
Venit ad vitæ vesperam.

Le Verbe fils du Père et sa vivante image
Descendu sur la terre et régnant dans les cieux,
Homme et Dieu, pauvre et glorieux,
Allait finir ses jours, achevant son ouvrage,

In mortem a discipulo
Suis tradendus æmulis,
Prius in vitæ ferculo
Se tradidit discipulis :

Lorsqu'aux Juifs embrasés du noir feu de l'envie,
Judas le va livrer pour lui donner la mort ;
Il prévient leur cruel effort.
En se livrant aux siens pour leur donner la vie.

Quibus sub bina specie
Carnem dedit et sanguinem,
Ut duplicis substantiæ
Totum cibaret hominem.

Sous une double espèce il voile sa substance,
Nourrissant l'homme entier de son sang et son corps,
Et donne en ses riches trésors,
Au corps l'être immortel, à l'âme l'innocence.

Se nascens dedit socium,
Convescens in edulium,
Se moriens in pretium,
Se regnans dat in præmium.

Naissant, il se chargea des misères humaines,
Mangeant, il fit sa chair le pain de nos esprits,
Mourant, sa mort fut notre prix,
Et régnant, de sa gloire il couronne nos peines.

O salutaris hostia,
Quæ cœli pandis ostium,
Bella premunt hostilia :
Da robur, fer auxilium.

Ô victime de paix qui viens sauver la terre,
Qui nous ouvres le ciel par ta sanglante mort,
Sois notre invincible support,
Notre asile en nos maux, notre force en la guerre.

Uni trinoque Domino
Sit sempiterna gloria,
Qui vitam sine termino
Nobis donet in patria.

Au Père, au divin Fils par qui l'âme est nourrie
À l'adorable Esprit même honneur, même amour
Par lui puissions-nous voir un jour
Après ce long exil notre heureuse patrie.