Psaume 8 - Domine Dominus noster

Jérôme de Stridon,

Traduction de François de Malherbe,



Domine, Dominus noster,
Quam admirabile est nomen tuum in universa terra !
Quoniam elevata est magnificentia tua super cælos.

Ô Sagesse éternelle, à qui cet univers
Doit le nombre infini des miracles divers
Qu’on voit également sur la terre et sur l’onde !
Mon Dieu, mon Créateur,
Que ta magnificence étonne tout le monde !
Et que le ciel est bas au prix de ta hauteur !

Ex ore infantium et lactentium perfecisti laudem propter inimicos tuos,
Ut destruas inimicum et ultorem.

Quelques blasphémateurs, oppresseurs d’innocents,
À qui l’excès d’orgueil a fait perdre le sens,
De profanes discours ta puissance rabaissent :
Mais la naïveté
Dont même au berceau les enfants te confessent
Clôt-elle pas la bouche à leur impiété ?

Quoniam videbo cælos tuos, opera digitorum tuorum,
Lunam et stellas quæ tu fundasti.

Quid est homo, quod memor es ejus ?
Aut filius hominis, quoniam visitas eum ?

De moi, toutes les fois que j’arrête les yeux
À voir les ornements dont tu pares les cieux,
Tu me sembles si grand, et nous si peu de chose,
Que mon entendement
Ne peut s’imaginer quelle amour te dispose
À nous favoriser d’un regard seulement.

Minuisti eum paulominus ab angelis ;
Gloria et honore coronasti eum ;

Et constituisti eum super opera manuum tuarum.

Il n’est faiblesse égale à nos infirmités ;
Nos plus sages discours ne sont que vanités,
Et nos sens corrompus n’ont goût qu’à des ordures ;
Toutefois, ô bon Dieu,
Nous te sommes si chers, qu’entre tes créatures,
Si l’ange a le premier, l’homme a le second lieu.

Omnia subjecisti sub pedibus ejus,
Oves et boves universas,
Insuper et pecora campi,

Quelles marques d’honneur se peuvent ajouter
À ce comble de gloire où tu l’as fait monter ?
Et, pour obtenir mieux, quel souhait peut-il faire,
Lui que, jusqu’au Ponant,
Depuis où le soleil vient dessus l’hémisphère,
Ton absolu pouvoir a fait son lieutenant ?

Volucres cæli, et pisces maris
Qui perambulant semitas maris.

Sitôt que le besoin excite son désir,
Qu’est-ce qu’en ta largesse il ne trouve à choisir ?
Et, par ton règlement, l’air, la mer et la terre,
N’entretiennent-ils pas
Une secrète loi de se faire la guerre
À qui de plus de mets fournira ses repas ?

Domine, Dominus noster,
Quam admirabile est nomen tuum in universa terra !

Certes je ne puis faire, en ce ravissement,
Que rappeler mon âme, et dire bassement :
Ô sagesse éternelle, en merveilles féconde !
Mon Dieu, mon créateur,
Que ta magnificence étonne tout le monde,
Et que le ciel est bas au prix de ta hauteur !