Psaume 128 - Sæpe expugnaverunt me

Jérôme de Stridon,

Traduction de François de Malherbe,



Sæpe expugnaverunt me a juventute mea,
Dicat nunc Israël;

Sæpe expugnaverunt me a juventute mea:
Etenim non potuerunt mihi.

Les funestes complots des âmes forcenées
Qui pensaient triompher de mes jeunes années
Ont d’un commun assaut mon repos offensé.
Leur rage a mis au jour ce qu’elle avait de pire :
Certes, je le puis dire ;
Mais je puis dire aussi qu’ils n’ont rien avancé.

Supra dorsum meum fabricaverunt peccatores;
Prolongaverunt iniquitatem suam.

J’étais dans leurs filets, c’était fait de ma vie ;
Leur funeste rigueur, qui l’avait poursuivie,
Méprisait le conseil de revenir à soi ;
Et le coutre aiguisé s’imprime sur la terre
Moins avant que leur guerre
N’espérait imprimer ses outrages sur moi.

Dominus justus
Concidit cervices peccatorum.

Confundantur, et convertantur retrorsum
Omnes qui oderunt Sion.

Dieu, qui de ceux qu’il aime est la garde éternelle,
Me témoignant contre eux sa bonté paternelle,
A selon mes souhaits terminé mes douleurs.
Il a rompu leur piège ; et, de quelque artifice
Qu’ait usé leur malice,
Ses mains, qui peuvent tout, m’ont dégagé des leurs.

Fiant sicut fœnum tectorum,
Quod priusquam evellatur exaruit:

La gloire des méchants est pareille à cette herbe
Qui, sans porter jamais ni javelle ni gerbe,
Croît sur le toit pourri d’une vieille maison.
On la voit sèche et morte aussitôt qu’elle est née ;
Et vivre une journée
Est réputé pour elle une longue saison.

De quo non implevit manum suam qui metit,
Et sinum suum qui manipulos colligit.

Et non dixerunt qui præteribant:
Benedictio Domini super vos.
Benediximus vobis in nomine Domini.

Bien est-il malaisé que l’injuste licence
Qu’ils prennent chaque jour d’affliger l’innocence
En quelqu’un de leurs vœux ne puisse prospérer :
Mais tout incontinent leur bonheur se retire,
Et leur honte fait rire
Ceux que leur insolence avait fait soupirer.