Telluris ingens conditor

Grégoire le Grand,

Traduction de Pierre Corneille,



Telluris ingens conditor,
Mundi solum qui eruens,
Pulsis aquæ molestiis,
Terram dedisti immobilem,

Toi qui créas la terre, et qui l'as enrichie
Par l'ordre fécond de ta voix,
Des eaux qui la couvroient toi qui l'as affranchie,
Pour la rendre immobile et ferme sur son poids ;

Ut germen aptum proferens,
Fulvis decora floribus,
Fecunda fructu sisteret,
Pastumque gratum redderet,

Toi qui lui fis tirer du sein de la nature
Le germe des fleurs et des fruits,
Et nous daignas ensuite offrir pour nourriture
Les herbes et les grains de ce germe produits :

Mentis perustæ vulnera
Munda virore gratiæ,
Ut facta fletu diluat,
Motusque pravos atterat.

Daigne guérir, Seigneur, ce qu'une indigne flamme
Forme d'ulcères en nos cœurs,
Fais renaître ta grâce au milieu de notre âme,
Pour noyer nos péchés dans un torrent de pleurs.

Jussis tuis obtemperet
Nullis malis approximet,
Bonis repleri gaudeat,
Et mortis actum nesciat.

Que cette âme avec joie à tes lois obéisse,
Sans s'échapper vers rien de mal ;
Qu'elle-même par toi de tous biens se remplisse,
Et n'y mêle jamais aucun poison fatal.

Præsta, Pater piissime,
Patrique compar unice,
Cum Spiritu Paraclito
Regnans per omne sæculum.

Que le Père et le Fils accordent cette grâce
À l'humble ferveur de nos vœux,
Eux qui régnent sans fin en cet immense espace
Où règne l'Esprit Saint, qui n'est qu'un avec eux.