Ad cœnam agni providi

Nicétas de Rémésiana,

Traduction de Louis-Isaac Lemaistre de Sacy,



Ad cœnam Agni, providi,
Et stolis albis candidi,
Post transitum maris Rubri,
Christo canamus principi,

Vainqueurs de la mer Rouge, échappés de son onde
Allons, parés de blanc, au festin de l'agneau,
Publions dans nos chants du Rédempteur du monde
Le triomphe nouveau.

Cujus corpus sanctissimum
In ara crucis torridum :
Cruore ejus roseo
Gustando, vivimus Deo.

Sur l'autel de la croix où l'amour le convie,
Il se brûle et se change en un repas très doux;
Et nous buvons son sang pour n'avoir plus de vie
Qu'en ce Dieu mort pour nous.

Protecti Paschæ vespere
A devastante angelo,
Erepti de durissimo
Pharaonis imperio.

Ce sang bannit des siens par son heureuse marque
De cet ange vengeur le fer ensanglanté,
Et, brisant le dur joug d'un barbare monarque,
Nous met en liberté.

Jam Pascha nostrum Christus est,
Qui immolatus agnus est ;
Sinceritatis azyma,
Caro ejus oblata est ;

La clarté chasse l'ombre, et le corps la figure.
Jésus est notre Pâque, il est l'Agneau divin;
Et lui-même offre au Père en sa chair toute pure
Le vrai pain sans levain.

O vere digna hostia,
Per quam fracta sunt Tartara.
Redempta plebs captivata,
Reddita vitæ præmia !

Ô non pareille hostie! ô puissante victime!
Qui du roi de la nuit terrasse les efforts,
Qui tire les captifs de ce profond abîme,
Et ranime les morts.

Consurgit Christus tumulo,
Victor redit de barathro,
Tyrannum trudens vinculo,
Et paradisum reserans.

Du creux de son tombeau, Jésus sort plein de gloire,
Foule aux pieds dans l'enfer cet ange audacieux,
Et, ramenant les siens pour prix de sa victoire,
Il leur ouvre les cieux.

Quæsumus, auctor omnium.
In hoc paschali gaudio,
Ab omni mortis impetu
Tuum defende populum.

En ce bienheureux temps d'une céleste joie,
Seigneur, soutiens ton peuple à ta grâce soumis,
Et n'abandonne pas tes fidèles en proie
À leurs fiers ennemis.

Gloria tibi, Domine,
Qui surrexisti a mortuis,
Cum Patre et sancto Spiritu,
In sempiterna sæcula !

Qu'on t'aime en t'adorant, ô Trinité suprême,
Et toi, Jésus vainqueur, qui, libre entre les morts,
As rappelé ta vie et rejoint par toi-même
Ton âme avec ton corps.