Æterne rerum conditor

Ambroise de Milan,

Traduction de Pierre Corneille,



Æterne rerum conditor,
Noctem diemque qui regis,
Et temporum das tempora,
Ut alleves fastidium,

De ce vaste univers créateur immuable,
Qui gouvernez la course et des jours et des nuits,
Et variez leurs temps par l'ordre invariable
Dont la diversité soulage nos ennuis,

Præco dici jam sonat,
Noctis profundæ pervigil,
Nocturna lux viantibus,
A nocte noctem segregans.

Le messager du jour commence votre éloge :
Ce vigilant oiseau par ses chants nous instruit,
Sa voix aux voyageurs dans l'ombre sert d'horloge,
Et sépare à grands cris la nuit d'avec la nuit.

Hoc excitatus Lucifer
Solvit polum caligine ;
Hoc omnis erronum chorus
Viam nocendi deserit.

Il prend un soin exact d'éveiller le Phosphore
Il l'invite à chasser les ténèbres des cieux,
Menace le voleur du retour de l'aurore,
Lui fait cacher sa proie et redouter nos yeux.

Hoc nauta vires colligit,
Pontique mitescunt freta.
Hoc ipsa petra Ecclesiaæ ;
Canente culpam diluit.

Du nocher à ses cris la vigueur se rappelle ;
Les vagues de la mer roulent moins fièrement ;
Pierre se reconnoît pour disciple infidèle,
Et par des pleurs amers lave son reniement.

Surgamus ergo strenue,
Gallus jacentes excitat.
Et somnolentos increpat ;
Gallus negantes arguit.

Levons-nous sans tarder, entendons sans remise
Ce qu'il nous dit si haut dès son premier réveil ;
Sa voix a convaincu le prince de l'Église,
Sa voix aux paresseux reproche le sommeil.

Gallo canente, spes redit,
Ægris salus refunditur,
Mucro latronis conditur,
Lapsis fides revertitur.

Nous sentons à ses chants renaître l'espérance ;
Le malade en reçoit un rayon de santé,
Le glaive du brigand nous laisse en assurance,
La foi vive succède à l'infidélité.

Jesu, labantes respice,
Et nos videndo corrige :
Si respicis, lapsi stabunt,
Fletuque culpa solvitur.

Que par toi de nos cœurs la guérison s'achève :
De tes yeux, doux Sauveur, il n'y faut qu'un seul trait :
Regarde le pécheur, sa chute se relève ;
Fais-lui verser des pleurs, il n'a plus de forfait.

Tu lux refulge sensibus,
Mentisque somnum discute ;
Te nostra vox primum sonet,
Et vota solvamus tibi.

Éclaire tous nos sens de ta propre lumière,
Dissipe le sommeil dont ils sont accablés ;
Qu'en nos concerts ta gloire à jamais la première
Puisse acquitter des vœux tant de fois redoublés !

Deo Patri sit gloria,
Ejusque soli Filio.
Cum Spiritu Paraclito,
Et nunc et in perpetuum.

Gloire au Père éternel ! Gloire au Fils ineffable !
Gloire toute pareille à l'Esprit tout divin !
Gloire à leur unité, dont l'essence adorable
Règne sans borne aucune, et régnera sans fin !