Æterne rerum conditor

Ambroise de Milan,

Traduction de Louis-Isaac Lemaistre de Sacy,



Æterne rerum conditor,
Noctem diemque qui regis,
Et temporum das tempora,
Ut alleves fastidium,

Dieu dont l'art conduisant les étoiles errantes
Au vif éclat des jours mêle l'horreur des nuits,
Et par leurs courses différentes
Soulage nos travaux, et charme nos ennuis.

Præco dici jam sonat,
Noctis profundæ pervigil,
Nocturna lux viantibus,
A nocte noctem segregans.

L'oiseau qui hait la nuit et qui veille en son ombre,
Appelant la clarté, frappe l'air de ses chants.
Et déjà quelque lueur sombre,
Formant un jour sans jour fait entrevoir les champs.

Hoc excitatus Lucifer
Solvit polum caligine ;
Hoc omnis erronum chorus
Viam nocendi deserit.

L'astre qui du soleil devance la carrière
De l'Olympe obscurci tire le voile épais,
Et chasse en montrant sa lumière
Le timide voleur dans les sombres forêts.

Hoc nauta vires colligit,
Pontique mitescunt freta.
Hoc ipsa petra Ecclesiaæ ;
Canente culpam diluit.

Au chant de cet oiseau qui prévient l’œil du monde,
La mer calmant ses flots rassure le nocher,
Pierre sort de sa nuit profonde
Et devient pour jamais l'immobile rocher.

Surgamus ergo strenue,
Gallus jacentes excitat.
Et somnolentos increpat ;
Gallus negantes arguit.

Loin donc, loin le sommeil dont l'appât nous surmonte,
La voix de cet oiseau condamne nos froideurs;
Sa diligence est notre honte.
Et ses cris redoublés réveillent les pécheurs.

Gallo canente, spes redit,
Ægris salus refunditur,
Mucro latronis conditur,
Lapsis fides revertitur.

À ce chant l'aquilon retient sa fière haleine,
Le malade en ses maux trouve soulagement
Le voleur fuit, craignant la peine,
Et la mourante foi renaît heureusement.

Jesu, labantes respice,
Et nos videndo corrige :
Si respicis, lapsi stabunt,
Fletuque culpa solvitur.

Ô Jésus, vois du ciel nos chutes lamentables,
Et que ton doux regard guérisse nos langueurs.
C'est ce regard qui nous rend stables
C'est lui qui nous relève et nous lave en nos pleurs.

Tu lux refulge sensibus,
Mentisque somnum discute ;
Te nostra vox primum sonet,
Et vota solvamus tibi.

Sans toi, divin flambeau, l'âme d'ombre est couverte.
Rayonne dans sa nuit, frappe-la de tes feux,
Que par toi notre bouche ouverte
Ferme ses premiers sons pour te rendre nos vœux.

Deo Patri sit gloria,
Ejusque soli Filio.
Cum Spiritu Paraclito,
Et nunc et in perpetuum.

Adorons un Dieu seul en trois indivisible,
Père, Fils, Esprit-Saint, d'éternelle grandeur.
Le Père, soleil invisible,
Le Fils, son clair rayon, l'Esprit, leur vive ardeur.