Æterne rex altissime

Anonyme,

Traduction de Pierre Corneille,



Æterne rex, Altissime,
Redemptor et fidelium,
Quo mors soluta deperit,
Datur triumphus gratiæ :

Éternel et Très-Haut, roi des célestes plaines,
Des fidèles doux rédempteur,
Qui détruisant la mort, brisant toutes ses chaînes,
Fais triompher la grâce, et régner son auteur :

Scandens tribunal dexteræ
Patris, potestas omnium
Collata Jesu cœlitus,
Quæ non erat humanitus,

Tu montes dans ton trône à la dextre du Père,
Et reçois là ce plein pouvoir
Que pour prix de ta mort sur tous il te défère,
Et que mortel ici tu n'en pus recevoir.

Ut trina rerum machina,
Cœlestium, terrestrium,
Et inferorum condita,
Flectat genu jam subdita.

C'est par ce haut pouvoir que la triple machine,
La terre et tous ses habitants,
Ceux qui régnent au ciel, ceux que l'enfer domine,
Tout fléchit devant toi le genouil en tout temps.

Tremunt videntes angeli
Versa vice mortalium :
Culpat caro, purgat caro,
Regnat Deus, Dei caro.

L'ange admire en tremblant ce changement de face
Qui se fait au sort des mortels :
La chair fit le péché, la même chair l'efface,
Et la même chair monte aux trônes éternels.

Tu esto nostrum gaudium,
Manens Olympo præditum,
Mundi regis qui fabricam,
Mundana vincens gaudia.

Fais, grand moteur de tout, fais seul notre allégresse,
Toi qui dans le ciel tiens ta cour,
Et dont le moindre attrait, la plus simple caresse,
Passe tous les plaisirs de ce mortel séjour.

Hinc te precantes quæsumus,
Ignosce culpis omnibus,
Et corda sursum subleva
Ad te, superna gratia.

C'est de ces tristes lieux que notre humble prière,
Pour nombreux que soient nos péchés,
Demande que ta main par une grâce entière
Élève à toi nos cœurs à la terre attachés :

Ut cura rubente cœperis
Clarere nube judicis,
Pœnas repellas debitas.
Reddas coronas perditas.

Qu'en ce jour redoutable, où du haut de la nue
L'arrêt dernier sera rendu,
Nous ayant dès ici remis la peine due,
Tu nous rendes le bien que nous avons perdu.

Gloria tibi, Domine,
Qui scandis super sidera,
Cum Patre et sancto Spiritu,
In sempiterna sæcula !

Gloire a ton sacré nom, ô monarque suprême,
Qui montes au-dessus des cieux !
Même gloire à ton père, au Saint-Esprit la même !
Louange à tous les trois, en tout temps, en tous lieux !