Audi benigne conditor

Grégoire le Grand,

Traduction de Pierre Corneille,



Audi, benigne conditor,
Nostras preces cum fletibus,
In hoc sacro jejunio
Fusas quadragenario.

Toi, dont le seul vouloir règle nos destinées,
Seigneur, reçois nos vœux, écoute nos soupirs :
Jusqu'à toi par le jeûne élève nos désirs,
Durant ces quarante journées.

Scrutator alme cordium,
Infirma tu scis virium,
Ad te reversis exhibe
Remissionis gratiam.

Tu lis au fond des cœurs, tu vois ce qui s'y passe ;
Tu connois notre foible, et nos manques de foi :
Pardonne à des pécheurs qui recourent à toi ;
Ne leur refuse pas ta grâce.

Multum quidem peccavimus,
Sed parce confitentibus ;
Ad laudem tui nominis,
Confer medelam languidis.

À force de pécher notre âme est toute noire ;
Mais laisse à ta bonté désarmer tes rigueurs ;
Si nous te demandons remède à nos langueurs,
Ce n'est que pour chanter ta gloire.

Sic corpus extra conteri
Dona per abstinentiam,
Jejunet ut mens sobria
A labe prorsus criminum.

Si du jeûne au dehors la sévère abstinence
Abat notre vigueur, défigure nos traits,
Fais qu'au dedans de l'âme un jeûne de forfaits
Ramène la convalescence.

Præsta, beata Trinitas,
Concede, simplex unitas,
Ut fructuosa sint tuis
Jejuniorum munera.

Immense Trinité qu'aucun ne peut comprendre,
Glorieuse unité par qui tout est produit,
À tes adorateurs daigne accorder le fruit
Que des jeûnes on doit attendre.